Vive notre démocratie batarde Célébrons cette démocratie, d’incontinence verbale ! Elle mérite d’être mise en avant avec ferveur, car elle offre aux fascistes et aux imposteurs la possibilité de faire triompher leurs idées absurdes. Saluons notre « democradura » qui permet à la justice de ne plus être cette femme aux yeux bandés. Bravo à notre justice, désormais attelée au char de la politique.
Le dossier de la BNC représente une preuve irréfutable de l’instrumentalisation de la justice. Les dirigeants au sommet de l’État, en raison de leur étroitesse d’esprit, n’ont jamais œuvré pour l’indépendance judiciaire. Cependant, ils en attendent l’indépendance lorsqu’il s’agit de répondre de leurs actes. Il en découle que l’appareil judiciaire ne peut offrir la résilience nécessaire face aux assauts des dirigeants politiques.
Ce dossier, brûlant les mains du commissaire du gouvernement, est le résultat d’une violation á l’origine des principes de droit. La doxa ,dans la foulée de cette bataille, a éclipsé le droit. À une analyse approfondie, on pourrait conclure qu’il s’agit d’un dossier confectionné en dehors des normes légales. En témoignent la saisine irrégulière — le Premier ministre étant le dénonciateur — l’absence d’éléments matériels, et un procès-verbal falsifié. Le rapport de l’ULCC n’a révélé que des incohérences et de l’incompétence. Les prémisses ne concordent pas avec la conclusion ; les faits reprochés ne figurent pas dans le dossier, tandis que d’autres allégations y sont ajoutées, créant un véritable galimatias présenté à l’intelligence collective comme une injure. Des intellectuels et des hommes politiques, bien que désaccordant en privé, n’hésitent pas en public à se servir de ce rapport pour atteindre leurs objectifs politiques. Par conséquent, les institutions judiciaires subissent d’énormes pressions de la part d’acteurs politiques, des fossoyeurs de la transition, d’organisations de la société civile, et d’une fraction de la presse, pour accélérer ou traiter des affaires sans souci pour la qualité et le respect des dispositions légales. Le but ultime est d’acculer sans preuve valable les conseillers et d’hypothéquer la transition.
Le commissaire du gouvernement, nommé par le ministre de la Justice, oscille entre indépendance et soumission. Selon l’hypothèse que le Premier ministre est l’artisan principal du complot, il intimera l’ordre au ministre de demander au parquet de transférer le dossier au doyen avec célérité ; car peu importe les prérogatives du parquet, seules les échéances politiques comptent. Le parquet n’a pas eu le temps de réfléchir. Le dossier n’a fait que transiter pour être acheminé au doyen, qui ne tardera pas à le transmettre à un juge instructeur.
La justice agit sous la pression des comploteurs gouvernementaux, plaçant la justice haïtienne dans un contexte de non-droit. Cette posture, soutenue par des avocats éminents, est dégradante, car elle sous-estime l’intelligence collective. Le traitement des affaires, qu’il soit juste ou non, dépend du camp auquel on appartient.
Les acteurs politiques, souffrant de myopie, créent des précédents qu’ils devront un jour affronter, car ils sont également appelés à exercer le pouvoir. À l’avenir, un individu manipulateur pourrait révoquer un Président de la République en l’accusant d’avoir mangé le lare en careme. Que Dieu nous garde!
Le pouvoir judiciaire doit se distancier de ces dérives susceptibles de dissoudre la fine parcelle de confiance qui lui est accordée. Les autorités judiciaires doivent œuvrer dans le cadre de l’indépendance totale, tout en respectant les principes régissant les rapports entre les différents pouvoirs. Le pouvoir politique induit le judiciaire en erreur en utilisant irrégulièrement une institution extrajudiciaire pour élaborer un rapport défaillant, envoyé au commissaire du gouvernement pour suivi.
Quel suivi ? Les conseils indexés dans le dossier, désireux de prouver leur innocence, se sont heurtés aux obstacles juridiques dressés par les comploteurs qui ont falsfié le rapport de l’ULCC. Ils doivent maintenant faire usage de leurs prérogatives constitutionnelles, n’étant passibles que de la Haute Cour de justice.
Ce dossier illustre l’ampleur du défi consistant à extirper la justice des fossés de la politicaille.
Front Uni contre le retour du totalitarisme

