Pendant que Garry Conille s’érige en héros rebelle et que le CPT, observateur docile, suit cette danse politique en se cachant derrière le paravent du “Consensus”, le peuple haïtien, quant à lui, applaudit… ou plutôt dort, résigné à son rôle de spectateur complice. Et que dire de la communauté internationale, toujours prête à sourire face au sort tragique d’Haïti, tout en prétendant vouloir sauver la patrie ?
Depuis cette fameuse nuit du 6 au 7 juillet 2021, où Jovenel Moïse a été assassiné, les chefs de l’opposition, ceux-là mêmes qui avaient savamment orchestré le lynchage médiatique de son caractère, se sont surpassés dans un jeu d’échec politique. Oui, malgré ses propres errements, ils ont réussi, sans le moindre remord, à soutenir Ariel Henry dans un fiasco long de 33 mois. Au moins, l’Histoire retiendra les noms de Me André Michel, Edmonde Suplice Beauzile et consorts, qui ont servi, non pas l’intérêt public, mais les intérêts privés des 11 septembre et 21 décembre, en harmonie parfaite avec l’échec.
Face à un tel chef-d’œuvre d’inefficacité politique, que fit la communauté internationale ? Elle eut la brillante idée de donner naissance au Conseil Présidentiel de Transition (CPT) – car quoi de mieux qu’une nouvelle structure sans véritable pouvoir pour raviver l’espoir ? Ce CPT accoucha d’un Premier ministre, Conille, tout droit sorti du moule technocratique. Un technicien soi-disant neutre, sans aucune ambition, trié sur le volet par “le Blanc”. Ah, mais quelle humilité affichée ! Depuis son intronisation, avec l’aide précieuse des Conseillers Président, notre technocrate préféré s’est attelé à construire un plan anti-CPT, un chef-d’œuvre de stratégie où les ministères régaliens lui tombent entre les mains, les uns après les autres. Quel sens aigu de l’inclusion ! Le pouvoir devient ici l’apanage d’un seul, mais sans le moindre complexe.
Entre une justice scénarisée et une diplomatie virevoltante, Conille et son ministre de la Justice nous offrent même un spectacle grandiose, celui du scandale de la BNC. De l’autre côté, ils tentent un coup d’État diplomatique, qui coupe tout lien avec ce CPT supposé les accompagner. Le sommet de l’ironie est atteint lors du Premier Forum Citoyen, où Conille révèle ses intentions : rendre le CPT dysfonctionnel, bien sûr, mais tout en finesse. Sa recette ? Il demande au CPT d’écarter quelques “victimes”, ce qui annulerait automatiquement son autorité et lui permettrait d’endosser, avec tout le panache de l’usurpateur, le rôle de président-premier ministre.
Dans cette comédie, le CPT semble jouer le rôle du figurant fidèle, prêt à offrir son silence en cadeau à Conille, tout en prétextant attendre les élections américaines pour oser remettre en question l’autorité de l’homme providentiel. La société, elle, commence à le voir pour ce qu’il est réellement : le caillou dans la chaussure d’une transition qui n’en finit plus de trébucher.

