Face à une insécurité galopante et une crise humanitaire qui laisse la majorité du peuple haïtien dans l’incapacité de payer l’écolage de leurs enfants, le Premier ministre Garry Conille et le ministre de la Justice Carlos Hercule semblent avoir trouvé une solution des plus surprenantes : acheter l’hôtel Plaza pour y installer le Palais de Justice. Montant de la transaction ? 10 millions de dollars. Un prix astronomique pour un bâtiment situé à Champ de Mars, alors que le Palais de Justice dispose déjà d’un local, certes contrôlé par des gangs, au Bicentenaire. Où est donc passée la promesse de « reprendre le pays quartier par quartier » ?


Dans un pays en proie à la violence, où l’insécurité règne sans partage, on pourrait s’attendre à ce que le gouvernement concentre ses efforts et ses ressources pour rétablir l’ordre. Mais non. Garry Conille et Carlos Hercule, en grands stratèges, ont préféré mettre 10 millions de dollars sur l’achat de l’hôtel Plaza. Rappelez-vous, ce même hôtel avait été évalué à 2 millions de dollars sous Ariel Henry. Une estimation balayée d’un revers de main par nos dirigeants actuels, qui semblent croire que pour restaurer l’ordre, il faut d’abord se doter de biens immobiliers de luxe. Reprendre le pays maison par maison ? Peut-être. Mais à ce rythme, c’est plutôt « acheter les hôtels à prix d’or ».


Cet achat, d’un montant faramineux, illustre une dérive surprenante des priorités gouvernementales. Alors que les zones les plus touchées par la violence – Pont Sondé, Martissant, Croix-des-Bouquets – réclament désespérément des actions sécuritaires concrètes, l’État haïtien a trouvé plus judicieux d’investir dans l’acquisition d’un hôtel de standing, à quelques pas du Palais National. Ce qui interpelle, c’est que ce même hôtel, évalué à 2 millions de dollars, nécessitait seulement quelques réparations pour atteindre une valeur de 4 millions, selon une ancienne évaluation faite par Jean Victor Généus, à l’époque ministre des Affaires étrangères. Aujourd’hui, ce même bâtiment a mystérieusement vu son prix multiplié par cinq pour atteindre les 10 millions de dollars.

Peut-être assistons-nous à un miracle financier propre à Haïti, où les valeurs immobilières grimpent sans raison apparente, sinon la générosité publique. Les civils armés continuent, eux, de terroriser la population, sans qu’aucune véritable stratégie de sécurité ne soit mise en place. Pourtant, les slogans de « reprendre le pays, quartier par quartier » résonnent encore dans les mémoires. Mais apparemment, la priorité n’est pas de sécuriser les quartiers, mais de s’assurer un joli bâtiment en plein cœur de la capitale.

Et que dire de l’ULCC ? Institution réputée pour s’autosaisir des affaires les plus complexes, elle ne semble guère intéressée par cette transaction qui pourtant regorge de mystères. N’y a-t-il pas là une occasion rêvée de démontrer son efficacité ? Mais non, la Commission préfère s’occuper de scandales politiques sans véritable fondement, plutôt que de jeter un œil curieux sur cette acquisition hors-norme. Un achat bien plus intrigant que le dossier des Conseillers présidents impliqués dans l’affaire de la BNC.


Ainsi, l’hôtel Plaza devient la nouvelle « forteresse de justice », un palais doré, bâti à coups de millions, dans un pays en ruine. Alors que le peuple haïtien attend des solutions concrètes à ses problèmes, il reçoit en retour des transactions immobilières de luxe. La promesse de « reprendre le pays quartier par quartier » semble bien s’être transformée en « repeindre le pays avec des millions ». Mais la question reste entière : la sécurité, quant à elle, trouvera-t-elle un jour preneur, ou continuera-t-elle à être ignorée au profit de décisions aussi incompréhensibles qu’inutiles ?

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Triangle Post

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture