Qu’on le veuille ou non, le football reste incontestablement le sport le plus populaire en Haïti. Depuis le scandale impliquant Yves Jean Bart dans une affaire de pédophilie, sanctionné par la FIFA, un processus de normalisation a été initié. Après l’interlude Varieno Saint-Fleur, qui s’est autoproclamé président sous le prétexte d’être le plus ancien vice-président — un titre jamais officiellement prouvé — la FIFA a dû intervenir pour tenter de rétablir l’ordre. Ce processus de normalisation, censé ramener la sérénité, s’est toutefois rapidement transformé en un champ de bataille politique, éclipsant les espoirs de réformes sportives attendues depuis des décennies.

La « normalisation » de la Fédération haïtienne de football, censée apporter un souffle nouveau, s’est vite muée en un théâtre de l’absurde. Ce qui devait être une opération de rénovation sportive a viré au feuilleton politico-juridique où opportunisme, intrigues et manœuvres de coulisses occupent la première place. Pendant que les acteurs politiques s’affrontent dans les arènes du pouvoir, la FIFA, en arbitre détaché, observe d’un air amusé les va-et-vient des protagonistes. Pendant ce temps, le football haïtien, jadis source de fierté, continue de dépérir.


Depuis les révélations accablantes sur Yves Jean Bart, ancien président de la Fédération haïtienne de football, et le passage éclair de Varieno Saint-Fleur, la FIFA, consciente des manipulations orchestrées en coulisses par Carlo Marcelin, a finalement décidé de prendre le taureau par les cornes en imposant une normalisation. Mais là où l’on attendait des réformes sportives, le premier acte de cette normalisation s’est rapidement embourbé dans des intrigues politiques. Jacques Letang, président de la Fédération des Barreaux et chargé d’enquêter sur les accusations de pédophilie, a surpris tout le monde en acceptant le poste de président de la fédération. Celui qui devait se consacrer à une enquête impartiale s’est retrouvé à la tête de la FHF, une volte-face qui a soulevé plus d’interrogations que de réponses.

Mais son règne a été de courte durée. Par un coup du sort — ou plutôt sous la pression de la FIFA — Letang a été évincé avant même d’avoir pu asseoir sa présidence. Des rumeurs persistantes circulent à son sujet : Letang, proche ami de l’avocat de Jean Bart, Me Stanley Gaston, aurait transmis des informations cruciales à ce dernier, facilitant ainsi la défense de l’ancien président devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS). Conséquence directe : faute de preuves suffisantes, la FIFA n’a pas pu faire condamner Jean Bart. Le scandale a alors pris une tournure où la vérité et la justice semblent s’être éclipsées sous les paillettes des stratégies juridiques.

Le second acte de cette farce tragique a vu l’arrivée de Monique André, figure connue du football haïtien, déjà active à l’époque de Jean Bart. Armée de bonnes intentions, elle a tenté de réformer la fédération, notamment en réduisant le personnel et en rationalisant les processus administratifs. Mais ces efforts ont rapidement été paralysés par l’inertie des clubs locaux, qui, depuis 2020, ne cachent pas leur désir de voir revenir leur mentor, Yves Jean Bart. Les résistances sont devenues le pain quotidien de cette normalisation, empêchant toute avancée notable.

Cette année, un nouvel épisode rocambolesque est venu alimenter la saga du football haïtien avec l’affaire impliquant le Cosmopolite, dénoncée par Tempête FC, pourtant tous deux membres de la Solidarité. Dans une atmosphère où les faveurs circulent aisément, Tempête FC, fort de ses connexions au sein de la Normalisation, a accusé Cosmopolite d’avoir aligné un joueur sans l’autorisation préalable de Tempête. En prime, le président du Cosmopolite s’est retrouvé sous le feu des projecteurs pour une supposée « manipulation de licence ». La commission ad hoc, dans un élan de justice expéditive, a promptement sanctionné le président du club, au mépris de la durée de son mandat . Et malgré les efforts acharnés de la défense légale du Cosmopolite et l’épuisement des recours auprès des juridictions déjà bien caduques, l’argent coulant à flot grâce à la Normalisation a suffi pour que tous les clubs plient sous la pression lors du Championnat National Spécial, rendant ainsi « spécial » non seulement le championnat, mais aussi toutes les irrégularités qui l’accompagnent.

Dans cette ambiance de théâtre absurde, la situation a pris une nouvelle tournure. Ne sachant plus sur quel pied danser, les alliés de Jean Bart, sentant le sol se dérober sous leurs pieds, ont décidé de s’allier à d’autres figures influentes, telles que l’équipe Jacques Letang par l’entremise d’un jeune spécialiste en droit  du Sport  et d’un vieux rat qui n’a pas su apporter rien de concret dans l’organisation du Sport en Haiti ,dans une tentative désespérée de saboter le mandat de la Normalisation. Leur stratégie ? Forcer l’organisation d’élections et la refonte des statuts avant le 30 novembre. Une démarche qui, sous couvert de réforme, ressemble davantage à une vendetta politique bien orchestrée qu’à une véritable volonté de changement structurel.

Exiger la refonte des statuts et l’organisation des élections est une revendication légitime. Mais exiger que cela se fasse avant le 30 novembre, comme s’il s’agissait d’une urgence brûlante, relève d’une manipulation politique évidente visant à saboter la normalisation avant même qu’elle ne puisse mener à bien ses réformes. Les dirigeants de clubs, qui persistent à bouder les propositions de la normalisation, feraient mieux de s’asseoir à la table des négociations et de discuter de ce qui compte vraiment : le contenu et les résultats. Si la normalisation a pu organiser un Championnat National Spécial, elle est tout à fait capable de demander à la FIFA de débloquer des fonds pour des programmes de développement du football. Encore faut-il que les clubs en aient la volonté.

Il est pourtant indéniable que la normalisation, malgré ses lenteurs et ses déboires, a tenté plusieurs initiatives positives. Elle a proposé la création d’une ligue professionnelle, cherché des financements auprès de la FIFA, et planifié l’organisation de championnats pour les équipes de première et deuxième division. Mais ces tentatives se sont heurtées aux résistances systémiques d’un football haïtien miné par des décennies de mauvaise gestion.

Aujourd’hui, à la veille de la fin de son mandat, la normalisation tente d’organiser la deuxième édition du Championnat National Spécial. Mais les dirigeants des clubs persistent à réclamer une refonte des statuts et des élections. Pourquoi ne réclament-ils pas plutôt l’organisation des championnats de deuxième division ou la relance du football féminin ? Pourquoi ignorer les fonds alloués après la Coupe du monde féminine aux clubs feminins ? Le mystère demeure entier. L’avenir du football haïtien se jouera-t-il sur une alliance opportuniste ou sur un véritable engagement en faveur du sport ? Nous le saurons bientôt.

En fin de compte, cette période de normalisation aura été marquée par des pertes de temps et des querelles intestines. Entre une normalisation paralysée par des luttes internes et des clubs plus préoccupés par des enjeux politiques que par le football, le sport national a perdu de précieuses années. À l’approche du renouvellement de la normalisation, prévu pour le 30 novembre, on peut légitimement se demander : quel sera l’avenir du football haïtien ? Avec une normalisation qui s’empêche de nouvelles affiliations, le spectre de l’incertitude plane sur un sport déjà bien affaibli.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Triangle Post

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture