« Autant dans mon parler je veux être âpre » (Dante)

HAITI, terre de contrastes. Cette version de l’état d’exception est une polémique qui dure, qui enfle et qui provoque ces derniers jours de l’exaspération mais aussi un sentiment de courage d’un responsable public, ET, qui « force » à se positionner.
Les faits.
Le 31 mai 2022, un Commissaire du gouvernement laisse entendre qu’il a exécuté un « bandit » lié au gang « 5 Segonn » de Village-de-Dieu, dirigé par le nommé «Izo», à partir du verbe : « Aux bandits armés qui terrorisent la population, Miragoâne et le département des Nippes leur serviront de cimetière ». Une démarche tout a fait banale parce que le concerné est « adulé » par les nippois (hymne à sa gloire et remise de plaque d’honneur). En effet, il n’est pas à son coup d’essai et jouit du statut « de nettoyeur de bandits » mais… mais… cette fois-ci, il publicise d’une manière polémique son acte sur les médias sociaux par un jugement expéditif et une supposition laissant entendre que l’acte fut consommé. En un laps de temps, la côte de popularité du commissaire a explosé sur les réseaux sociaux. De nombreux internautes et intervenants dans les émissions « micro libre » des médias traditionnels le réclament « pour rétablir la paix dans la capitale d’Haïti ». La « prise de responsabilité » du CG voire son autoritarisme véhiculent-ils le fantasme d’une « toute-puissance » de l’Etat retrouvée ? Une réponse préliminaire avec Charaudeau : « tout discours est sujet à deux situations, l’une de production ou d’énonciation, et l’autre de réception et l’étude de l’une ou l’autre situation nécessite le déploiement de la théorie qui convient. » cf. Patrick Charaudeau, Le discours d’information médiatique, construction du miroir social, Nathan, Paris, 1997,
Fort de cette appréciation et tentant d’apporter une vision personnelle à la fois neutre et objective sur la question, j’ai pris le temps d’écouter les cris d’indignation et les cris de joie en tant qu’interprétations critiques de l’action ou de la posture. Le débat lancé, ici, prendra une dimension argumentative et informative.
Sans oublier l’utilisation des modalités de certitude, des questions m’ont rapidement submergé. La première que je me posai à l’instar d’un enquêteur : « où est le cadavre ? ». D’autres se bousculaient dans ma tête : « Le corps a-t-il été identifié ? Le Commissaire a-t-il rétabli la peine de mort (bannie en 1979) ? » A noter que, pour l’obtention de sa licence en droit, il a rédigé son mémoire sur la peine capitale intitulé « L’importance de la peine de mort dans la législation haïtienne ». Le Commissaire a-t-il décrété « formellement » l’Etat d’exception ou l’Etat d’urgence? Mais, attention ! L’état d’exception réside aussi dans la mise en place de mesures qui changent le cours ordinaire des choses : un ordre est bouleversé, on sort d’un ordre pour le restaurer ou le maintenir. [ Lire l’analyse de Christos Boukalas, État d’exception ou étatisme autoritaire : Agamben, Poulantzas et la critique de l’antiterrorisme parue dans la revue Période du 27 juin 2016 cf. aussi http://revueperiode.net/etat-dexception-ou-etatisme-autoritaire-agamben-poulantzas-et-la-critique-de-lantiterrorisme/%5D. Je vois déjà des puristes m’objecter que ni la constitution de 1987 ni les lois n’autorisent un employé du gouvernement quelque soit son titre, grade et qualité à suspendre la justice pour sauver la justice. Il faut comprendre qu’en « liquidant » le « bandit », le lien indicible entre la violence et le droit est soudainement levé par le Commissaire. On assiste, alors, à « la création d’un seuil d’indécidabilité dans lequel factum et jus s’estompent l’un dans l’autre ». La mise à mort de cet ennemi public marque-t-elle un tournant pour la justice et les institutions du pays et dessine-t-elle une évolution au terme de laquelle celui-ci se re-fondera ? Je rejoins, ici, G. Agamben expliquant que : « La désarticulation du rapport entre droit et violence permet de briser toute tentative de distinguer entre deux formes de violence, « entre violence qui fonde le droit et violence qui le conserve ». Pour lui, : « De l’état d’exception effectif où nous vivons, le retour à l’État de droit n’est pas possible, puisque ce qui est en question maintenant ce sont les concepts mêmes d’“État” et de “droit”. » Certains juristes comme Scheuerman, Gross et Ackerman « démontrent que la loi se (re)créé constamment en s’inspirant de ses externalités. Dans le cas présent, l’externalité dont la loi s’inspire est sa suspension même dans l’exception. » Paradoxe conceptuel. Donc, que comprendre du tollé citoyen/partisan polarisant les « médias » ? Pour répondre à cette question, il faut re-lire le fable de Jean de La Fontaine (Les grenouilles qui demandent un roi) et comprendre que le peuple haïtien est totalement perdu et prêt à s’accrocher à celui qui lui donne l’impression que l’Etat s’« assume ». Puisque toute autorité est potentiellement autoritaire, mieux vaut ne prendre aucun risque et se faire anarchiste comme autorité constituée. Mais, cela implique-t-il le refus du droit ? Non, simplement le refus de la « factualité » du droit, de la « force de loi » et de l’« État de droit » : « Il y a donc encore une figure possible du droit après la déposition de son lien avec la violence et le pouvoir ; mais il s’agit d’un droit sans force ni application, comme celui dans l’étude duquel se plonge le « nouvel avocat » en feuilletant « nos vieux codes » – ou comme celui que pouvait peut-être avoir à l’esprit Foucault quand il parlait « d’un nouveau droit », affranchi de toute discipline et de tout rapport avec la souveraineté ». Une première conclusion dans le cas d’espèce qui nous intéresse, on serait passé « de l’Etat de droit à l’Etat de sécurité ».
12 mars 2021. Le pays a formellement basculé sous la dictature des gangs par une action sans équivoque à Martissant. Ils chassent la presque totalité des habitants du quartier et provoquent une exode non encore quantifiée ni qualifiée en mettant en déroute la seule force de répression du pays et garante de la sécurité des vies et des biens, la Police Nationale d’Haïti (PNH). Quatre départements géographiques (Sud Est, Nippes, Grande Anse, Sud) sont, de fait, détachés du pays avec des conséquences graves pour l’économie et la stabilité du « bassin de vie ». Un couloir payant créé par les gangs est appelé la « Vallée de la mort ! » Le marché des armes est florissant et ce ne sont pas les petites victoires « militaires » de la PNH propagandées pour souligner qu’elle n’est pas du complot qui l’arrêteront.
Quelques interventions d’officiels pour cerner l’étendue du problème.
Le cadre.
-Le discours de départ du Directeur Général de la Police Nationale d’Haïti, Michel-Ange Gédéon : « Monsieur le nouveau Directeur Général de la PNH, Je vous préviens, la tâche ne sera pas facile. Elle sera parfois pénible, compliquée et périlleuse. Certaines fois, il vous faudra faire l’effort d’oublier votre orgueil pour défendre la PNH, pour défendre votre pays. Sachez que les vrais bandits à craindre ne sont pas ceux connus de tous, mais ceux qui circulent en costume et chemise blanche roulant de grosses cylindrées. Dans des moments difficiles, vous allez vous trouver seul face à de hauts cadres de l’Etat pour la plupart sans hauteur, sans poigne, fuyard et malhonnête privilégiant les commérages malveillants, les ragots désobligeants, les petits coups bas d’amateurs stupides et débiles. Ils ne sont habiles qu’à faciliter des courts métrages dignes de metteurs en scène de seconde zone, au lieu de poser les vrais problèmes avec hauteur et dépassement de soi. Haïti est le pays des paradoxes ! »
-Le tweet non équivoque de l’ambassadeur Brian A. Nichols, Assistant Secrétaire aux Affaires Hémisphériques au Département d’Etat américain du nord publié le 17 mars 2021: « L’assassinat ignoble d’agents de la Police Nationale d’Haïti (PNH), au Village de Dieu met en évidence les grands défis de l’insécurité en Haïti. Nous appelons le gouvernement haïtien à fournir à la police les ressources nécessaires pour protéger le peuple haïtien des gangs. »
-Un article de Pharès Jérôme in Le Nouvelliste : « La police fait ce qu’elle peut, la justice absente …Pendant que la justice est sur pause, l’insécurité prend des proportions alarmantes dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince et dans certaines villes de province. Tous les yeux sont rivés sur la police nationale d’Haïti pour reprendre le contrôle de la situation…Pendant que la police fait ce qu’elle peut pour mettre hors d’état de nuire les bandits, la justice est en plein sommeil. Face à un tel constat, on est droit de s’interroger sur le sort des personnes accusées à tort ou raison d’alimenter l’insécurité arrêtées par la police. La lutte contre l’insécurité ne requiert pas seulement des arrestations. Elle implique aussi que les accusés soient fixés sur leur sort et que les victimes soient dédommagées pour les torts subis. Sans une justice forte fonctionnant à plein rendement ce volet dans la lutte contre l’insécurité restera un vœu pieux…Depuis des années, le fonctionnement des cours et des tribunaux est une exception, leur paralysie pour toutes sortes de raison la règle. Cela explique pourquoi l’impunité, la corruption et l’insécurité prennent de l’ampleur chaque jour à travers le pays…Le mépris du système judiciaire a sans aucun doute contribué à nous conduire à la croisée des chemins où nous sommes aujourd’hui. Sortir le pays du bourbier notamment et combattre l’insécurité de façon durable exigent qu’on donne à la justice la place qu’elle mérite… » cf. https://lenouvelliste.com /article/235895/la-police-fait-ce-quelle-peut-la-justice-absente
L’autre constat : Port-au-Prince, capitale du crime organisé.
En moins de 30 ans, la capitale d’Haïti s’est métamorphosée et forgée une triste réputation de ville sans foi ni loi – Terre de gangsters et de criminels dont l’histoire s’écrit avec le sang de la population pauvre.
2017 : « Selon les statistiques de la Commission Episcopale Nationale Justice et Paix (JILAP), Haïti dénombre plus de 250 milles armes illégales en circulation. Ces dernières sont respectivement responsables de 68%, 70% et 71% des cas d’homicides recensés durant ces 3 dernières années selon Frantz Lerebourg, porte-parole de la PNH. Et ce chiffre peut se voir augmenter à 73% d’ici la fin de l’année selon toutes les prévisions a-t-il ajouté. D’où l’importance de l’action conjuguée de tous les acteurs qui œuvrent dans le domaine de la sécurité dans le pays, afin de réduire le taux de criminalité ». cf. https://peacekeeping.un.org/fr/haiti-securite-la-pnh-poursuit-sa-lutte-contre-les-armes-illegales . Profession de foi du porte-parole parce que « les bandits » font la loi. Les violences armées perturbent la vie quotidienne dans presque tous ses aspects. La plupart des victimes des bandes armées sont des gens ordinaires. Ils sont la cible d’homicide, de viol, d’extorsion, d’enlèvement et libérés contre de fortes rançons. En novembre 2019, lors d’une entrevue accordée à Radio Vision 2000, le responsable de désarmement au sein de la Commission nationale de Désarmement, Démantèlement et Réinsertion, Jean Rebel Dorcénat, a dévoilé qu’environ 500 000 armes à feu illégales circulent dans le pays. cf. https://ayibopost.com/500-000-armes-a-feu-circulent-dans-le-pays-seulement-45-000-sont-legales/ Donc, une croissance exponentielle à donner le tournis et à généraliser la peur. En effet, la criminalité est montée de plusieurs crans, depuis 2020, certains membres de familles riches et de la classe moyenne sont aussi kidnappés voire tués malgré la rançon réclamée. Les violences armées continuent de briser de nombreuses vies à Port- au-Prince, la capitale haïtienne et dans tout le pays, malgré la Police Nationale d’Haïti et la présence du Bureau des Nations Unies en Haïti (BINUH).
Retour sur l’interview du 6 mai 2019 de la Commission nationale de désarmement de démobilisation et de réinsertion laquelle a dénombré l’existence de soixante-seize gangs armés dans le pays. Ce chiffre peut paraître énorme, mais il n’est pourtant pas exhaustif. Jean Rebel Dorcénat, membre de la CNDDR, déclara sur Magik 9 : « Nous avons répertorié jusqu’à présent soixante-seize gangs à travers tout le pays. Et nous n’avons pas encore terminé … et ils sont alimentés officiellement par 11 familles intouchables, des politiciens de haut rang, des Elus et des vendeurs de fortune sont également impliqués dans ce commerce illégal à partir des États-Unis d’Amérique du Nord. cf. https://lenouvelliste.com/article/201384/76-gangs-armes-repertories-en-haiti-par-la-commission-de-desarmement . Il n’existe encore aucun traité international de portée générale et juridiquement contraignant qui réglemente le commerce des armes classiques, malgré les souffrances et la pauvreté que continuent d’engendrer les transferts d’armes internationaux en Haïti. A noter que, depuis le coup d’état de de 1991, le gouvernement américain impose un embargo sur les armes à destination de ce pays. Les groupes de défense des droits humains dénoncent la collusion entre l’Etat et « les massacreurs ». Pour eux, d’une part, le pouvoir PHTK 1 et 2 ainsi que le gouvernement de transition post assassinat du président Jovenel Moïse (mis en place depuis plus de 10 mois par le BINUH) n’ont affiché aucune volonté politique de mettre en œuvre un programme complet de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) de tous les individus, groupements et groupes armés ni de les mettre hors d’état de nuire. De l’autre, ils (les groupes de défense des droits humains) dénoncent des cas d’homicides illégaux et d’exécutions extrajudiciaires « probables » commis par des policiers.
Les gangs gagnent en influence.
Selon des sources croisées, les chefs de gangs cherchent à combler le vide actuel en matière de gouvernance et profitent de l’insécurité chronique pour se constituer un soutien local dans leur ville natal. Dans le cas d’espèce qui nous intéresse, ils viennent presque tous des départements des Nippes et du Sud donc, en situation de duel permanent avec un Commissaire du gouvernement « ayant décidé » que le département des Nippes lui appartient et semblant avoir fait sienne la phrase du Sénateur américain John McCain soulignant que les errements de la CIA ne sont pas ceux de la seule agence, mais d’une nation, à l’occasion de la publication du rapport sur la torture durant les années Bush : « Il ne s’agit pas de ce que nous faisons à nos ennemis. Il s’agit de nous. Il s’agit de qui nous sommes, qui nous avons été, et qui nous espérons être. Il s’agit de la manière dont nous nous présentons face au monde. » cf. https://www. mediapart.fr/journal/international/101214/une-tragedie-americaine. A y regarder de près, le CG dans sa compréhension de la démocratisation dans les états fragiles donne à lire une histoire laquelle est, également, celle de l’histoire d’un personnage politique qui se construit lui-même, à travers sa façon si particulière d’aller jusqu’au bout de chaque événement, sans l’éviter. N’a-t-il pas clairement fait comprendre participant à l’émission « Le Rendez-vous avec Volcy Assad » le 26 avril 2020, : « être capable de rétablir un climat de paix à Port-au-Prince si on lui confie le poste de Commissaire de gouvernement de Port-au-Prince. » Pour y parvenir, il lui faudra selon son estimation : « 500 policiers avec des Galils, deux backhoe loaders, lance-gaz ». Et il se dit en mesure, dans l’espace de 2 heures de temps, de débarrasser le pays des gangs de Village de Dieu et de Martissant… » Quant à la possibilité de faire des victimes parmi la population civile, il a dit croire que « Toutes les personnes habitant ces zones sont coupables dans la montée du phénomène de l’insécurité car elles vivent toutes de l’argent du kidnapping ». Pour lui, même les fœtus ne sont pas innocents puisqu’ils sont nourris, soutient-il, de l’argent du kidnapping. Très déterminé et en confiance, il soutint que tout individu en possession d’armes illégales et qui terrorise la population n’a qu’une seule destination: le cimetière. Il affirme que sa philosophie d’intervention n’a pas pour objectif d’arrêter les bandits. « On n’arrête pas les bandits », assume ce commissaire atypique qui fait trembler tout un département. Il confirma, plus loin, avoir déjà stoppé « de manière silencieuse » plusieurs bandits qui semaient la terreur dans le département des Nippes. Pour lui, lorsqu’il s’agit de sauver la République, il ne reculera devant rien même si « 1000 personnes devaient mourir ». Toujours armé de son T-65 et se confondant avec un officier de police, le CG promit de continuer d’attaquer les bandits, de les « exécuter » dans sa juridiction. Comme dans ces rêves où l’on rêve que l’on rêve, son interview enflamma la toile. Des séquences de l’Emission « Le Rendez-vous avec Volcy » sont devenues virales. En un laps de temps, la côte de popularité du commissaire a explosé sur les réseaux sociaux. De nombreux internautes le réclament « pour rétablir la paix dans la capitale ». Relire Petits riens, ornières et dérives du quotidien de Pierre Macherey publié en 2009.
Questions et réponses.
A quoi pense-t-on quand on voit un Commissaire du gouvernement ? Un avocat public et un agent du Pouvoir exécutif dans la gouvernance du pouvoir judiciaire. Il agit en son nom. Sonet Saint-Louis comme un fonctionnaire de l’Exécutif. cf. https://lenouvelliste.com/article/219231/le-role-du-commissaire-du-gouverne ment-dans-le-fonctionnement-de-la-justice-penale. Lui et ses substituts sont appelés « magistrats du parquet » et placés sous la direction et le contrôle de leurs chefs hiérarchiques et sous l’autorité du garde des sceaux, le ministre de la Justice.
Quel est le statut véritable du Commissaire du gouvernement dans le fonctionnement de justice haïtienne, et plus précisément dans la justice pénale ? Laissons parler le Code d’Instruction Criminelle annoté par Me Menan Pierre Louis. Article 13 : « Les commissaires du gouvernement sont chargés de la recherche et de la poursuite de tous les délits ou crimes dont la connaissance appartient aux tribunaux civils jugeant au correctionnel ou au criminel ». Le commissaire du gouvernement travaille dans le but de protéger la société, de défendre ses intérêts, de sauvegarder les valeurs sociales, les bonnes moeurs, rechercher et poursuivre les comportements prévus et punis par la loi. Il est le chef de la poursuite. Pour poursuivre, il exerce l’action publique et joue le rôle de défenseur de la société lors des procès. À l’audience il demande l’application de la loi, fixe les peines à travers sa réquisition. A ce stade on les appelle Magistrats Debout OU Ministère Public ». A noter qu’exercer l’action publique c’est accomplir tous les actes postérieurs à la mise en mouvement qui mènent le procès à sa fin normale.
A ce stade de notre recherche, il nous faut préciser avec l’article 9 du même Code que le Commissaire du gouvernement est aussi un officier de police judiciaire tout comme:
a)Les Juges d’instruction
b)Les Juges de Paix
c)Les Agents de la police rural et urbain
d))Les Agents de la police sociale de l’Institut Haïtien du bien-être social et de recherches.
Quelle est l’attribution de l’officier de la police judiciaire ? Il a pour attribution de constater par procès-verbaux les crimes, les délits et les contraventions, ils rassemblent les preuves et livrent les auteurs présumés aux tribunaux compétents.
A noter que la fonction du commissaire du gouvernement est un poste nominatif c’est-à-dire les commissaires n’ont pas de mandat. Ils peuvent être révoqués à la volonté du Ministre de la Justice pourtant le commissaire du gouvernement n’est pas tenu d’exécuter toutes les instructions données par le Ministre selon le principe de droit qui stipule: « La plume est serve mais la parole est libre ».
Selon les arrêtés communaux, il est membre du Conseil Communal de Sécurité cf. décret du 2 février 2006.
….
Remarques.
Le Commissaire dit avoir assassiné un « bandit » et l’a publicisé dans une vidéo tendancieuse où il l’a jugé, condamné, a « suggéré » son exécution sans montrer le cadavre – puisque dans notre système pénal, le Commissaire est partie au procès et y est pour soutenir le point de vue de son chef hiérarchique. Donc, le Commissaire a tué pour le Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique et par voie de conséquence pour le gouvernement. Si, non, « dans tout État sérieux, une enquête aurait déjà été diligentée en vue de faire la lumière sur ces graves accusations qu’il a portées sur la place publique contre lui-même et le pouvoir en place». Il s’agit quand même de la gestion d’une République qui se fonde sur des valeurs dont le chef de l’État est à la fois le dépositaire et le garant. Où est le chef de l’Etat ? Assassiné ! Depuis, le pays est sous pilotage automatique. L’organisme des droits humains, Fondation Je Klere a interpellé voire sommé le Ministre de la Justice dans une lettre datée du 2 juin 2022 dont l’objet est : « Exécution extrajudiciaire / Demande de poursuites pénales contre le commissaire du Gouvernement Jean Ernest Muscadin et de réparation pécuniaire pour les parents de la victime ». Je cite :
« Monsieur le Ministre,
La Fondasyon Je Klere (FJKL) est choquée de prendre connaissance d’une vidéo postée sur les réseaux sociaux et devenue virale relatant une scène d’exécution extrajudiciaire perpétrée par le Commissaire du Gouvernement près le Tribunal de Première Instance de Miragôane, Me Jean Ernest MUSCADIN au préjudice du nommé Elvain SAINT JACQUES alias Zo pwason.
Le commissaire Muscadin, sans aucune forme de procès, a reproché à sa victime d’être un membre du gang de Village de Dieu et lui a intimé l’ordre de dire son dernier mot à ses parents avant de l’exécuter froidement ». Le président de la Fondasyon, Samuel Muscadin, d’enfoncer le clou en affirmant dans une interview que : « L’Etat ne peut pas se transformer en un État délinquant » ! Haïti n’étant pas l’exemple d’un pays qui a rempli sa promesse démocratique, je me risque : « Il faut expliquer qu’il n’y a pas « d’effacement de l’Etat », car une telle supposée construction n’a pas encore pris corps ! »
Retour sur injonction. Valse-hésitation du Ministre et du gouvernement ! Le temps n’eut pas le temps de suspendre son vol parce que les fanatiques du Commissaire envahissent les réseaux sociaux et médias traditionnels pourfendant les détracteurs de son « héros inespéré et de facto » et gagnèrent les rues dans les Nippes pour cracher sur la FJKL et consorts. Galvanisé et frondeur, le Commissaire-vengeur réagit en ces termes dans les médias: « Tant que des gens, qui seraient impliqués dans des actes criminels, viennent s’installer dans le département, il y aura des exécutions, mais, cette fois-ci, en silence », poursuit le CG qui dit ne fait qu’envoyer un signal aux bandits qui terrorisent la population.cf https://www.tripfoumi.com /blog/2021/10/31/jean-ernest-muscadin-les-nippes-resteront-un-cimetiere-pour-tous-les-bandits/ . Il re-sollicite la collaboration de la population pour qu’il puisse continuer son travail. Le mandat appartient au peuple martèle-t-il et re-lance une mise en garde : « Il faut que les bandits sachent qu’il existe des gens qui peuvent leur barrer la route ». Rapidement, les masses ayant suivi le mouvement manifestent dans les rues de Les Cayes pour soutenir un autre de leur protégé travaillant dans le même registre, Le Commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance des Cayes : Ronald Richemond. Au demeurant, dans un contexte culturel comme celui de l’Haïti effondrée, la violation du droit par « un Don Quichotte de la Mancha » est souvent évoquée comme une valeur positive, témoignant de l’attachement ferme à des principes ou de l’engagement sérieux dans des luttes présentées comme légitimes. Il faut, peut-être, se rappeler que les militant-e-s dans la rue remettent partout en question le système, quel que soit le nom du système dans lequel il.elle.s vivent. Cependant, le problème central est partout le désir d’être traité avec dignité et respect.
Que penser ?
Dans le contexte de la fragmentation prolongée du pays, ce n’est pas la première fois qu’il y a l’émergence de ce genre d’autorité atypique (Le cas Claudy Gassant, CG de Port-au-Prince est encore présent dans les mémoires). À différentes périodes, différentes situations ont créé des hommes forts et vengeurs et une grande variété d’événements ont mobilisé une bonne partie des masses derrière eux. Deux Commissaires du gouvernement travaillant en symbiose mais rejetés par leurs pairs dans leur juridiction respective pour des arrestations injustes, arbitraires illégales et assassinats mais qui, selon les habitants des quartiers précaires agissent. La manifestation du 7 juin 2022 a été lancée selon le groupe jeunesse engagée pour la sécurisation du département du Sud pour : « que la ville des Cayes ne se transforme pas en territoire de bandits comme c’est le cas à Martissant et aussi donner une réponse au barreau des Cayes qui exige le départ de Monsieur Richemond de son poste de Commissaire du Gouvernement. Une lettre aurait même été envoyée au ministère de la Justice à ce propos ». Les partisans du Commissaire scandaient que : ‘’ l’insécurité ne viendra pas s’installer dans la ville des Cayes’’ ‘’la ville des Cayes ne sera pas comme Martissant ‘’. L’un des organisateurs de la manifestation expliquait aux médias présents que :” le Commissaire Richemond combat l’insécurité que les avocats souhaitent gangstériser “. La « crise de l’État » prend une voie non encore explorée et offre une image biaisée de la foule révolutionnaire, l’imaginaire du contre-complot et la violence fondatrice : aux origines de la nation haïtienne … . Le vigilantisme repointant du nez est un des exemples qui illustrent la fragilité de l’État de droit dans la pseudo-démocratie haïtienne! En effet, ces démarches populaires démontrent que les mouvements de protestation sont déterminés par leur contexte, et non par l’action délibérée de ceux qui les organisent et en prennent les commandes. Les contraintes sont incontournables. Pourtant, à l’intérieur du cadre qu’elles délimitent, il reste une certaine latitude pour l’action délibérée. Les organisateurs décident de faire telle chose, et ce choix affecte le cours du mouvement. Pour preuve, les revendications incarnées par l’application de la loi du Talion en la personne du Commissaire et dont les victimes font la promotion sont du reste souvent formulées en termes de « droits », devant être consacrés dans le droit. A y bien comprendre, dans les manifestations où l’on dénonce son action, l’institution judiciaire apparaît comme une institution déviante, qui a manqué le train de l’histoire, mais il ne s’agit certes pas de nier en bloc l’existence des droits et la nécessité du droit. On veut seulement que le droit soit juste, selon l’idée que l’on a de la justice et cela conduit à violer le droit existant. J’extrapole. Le cas Ben Laden est révélateur. « Nous sommes le 17 septembre 2001. Six jours après les attentats meurtriers sur le sol américain, Georges W Bush répond à un journaliste qui lui demande s’il veut la mort du suspect principal, le milliardaire : «Je veux la justice. Au Far West, il y avait une vieille affiche proclamant « recherché mort ou vif ». Un peu plus tard, la Maison Blanche le confirme : «Nous voulons Oussama ben Laden mort ou vif ». La veille, Dick Cheney aurait indiqué vouloir «la tête de Ben Laden sur un plateau». L’imagerie de la justice expéditive anti-terroriste trouvera sa concrétisation de l’administration suivante qui reprendra le même slogan : « Justice est faite ! ». C’est par ces mots que le président Barack Obama a annoncé, lundi 2 mai 2011 à 3 h 40 GMT, qu’un commando américain avait tué, sans sommation, le terroriste Ben Laden, au Pakistan. Le corps de l’homme le plus recherché de la planète a ensuite été jeté à la mer. La nouvelle a été saluée par presque tous les chefs d’État à travers le monde… Se rappeler la liesse d’Américains qui se sont rassemblés devant la Maison Blanche et sur les lieux hautement symboliques de New York : Ground Zero, site de l’ancien World Trade Center détruit par Al-Qaida le 11 septembre 2001, et Times Square, lieu habituel des célébrations des New-Yorkais. Ils criaient de joie, scandaient « USA ! USA ! », arboraient un maquillage aux couleurs nationales, brandissent la bannière étoilée et chantaient l’hymne national. La mort de Ben Laden était ainsi fêtée comme une victoire de l’équipe nationale américaine. Un gros plan montrait d’ailleurs une pancarte brandie par un New-Yorkais sur laquelle était écrit « Obama 1 Osama 0 ». La fin de l’histoire, de cette partie de l’histoire se termine dans un style cinématographique cohérent avec ce genre de sale guerre : un corps lancé à la mer… Encore une fois pas de cadavre mais depuis la fin du 20e siècle, même en temps de guerre, on s’attend à trouver une certaine forme de dignité humaine. cf. Jules Giraudat, Les Etats-Unis avaient-ils le droit d’abattre Ben Laden ? in https://www.lexpress.fr/actualite/monde/les-etats-unis-avaient-ils-le-droit-d-abattre-ben-laden_9892 98.html cf. aussi le mémoire y relatif de Braham Abdenour intitulé : « « La presse occidentale entre subjectivité et effacement énonciatif face aux représentations : l’annonce de la mort d’Oussama Ben Laden »/ Année universitaire : 2013/2014. Pour fermer l’extrapolation, la conclusion de Xu Tiebing : « Après tant de rumeurs chaque fois révélées fausses, il est, cette fois-ci, définitivement exécuté, Oui, exécuté, puisque sans jugement par aucune cour de justice, ni aux Etats-Unis, ni à La Haye, ni ailleurs. Une exception frappante dans une circonstance particulière voulue par le Président américain Obama ordonnant “ je voulais un Ben Laden mort” ? Ou bien cela deviendra-t-il une tendance plus fréquente compte tenu des spécificités des leaders terroristes lors de leurs déplacements ou agissements ? » cf. La fin de Ben Laden vue par le blog planétaire in https://www.Tv5-monde-La-fin-de-Ben-Laden-vue-par-le-blog-planétaire.htm. Le droit de tuer n’est réserve qu’aux ayants-droits, donc, aux Princes du monde (Machiavel) mais, le droit de s’autoproclamer Prince est-il permis au Commissaire du Gouvernement ? Un exotisme extrêmement fascinant. Ceci est une autre histoire !
Emmanuel B. Picavet : « Il s’agit dès lors de luttes illégales mais non clandestines ; au contraire, même, puisque leur succès dépend de leur visibilité médiatique. À la faveur d’une sorte de renversement du critère kantien de publicité, est considéré comme juste, dans le débat public, ce qui provoque l’effet escompté (ce qui est décrit comme une « prise de conscience » salutaire dans l’opinion) lorsque les desseins du groupe activiste sont révélés au public. La conséquence de la violation de la loi – la condamnation – est vécue d’une manière qui n’a qu’un rapport très lointain avec ce que l’on enseigne encore parfois aux étudiants en s’inspirant des philosophies idéalistes de la peine (la reconnaissance de la faute, le châtiment qui permet d’être réintégré dans la collectivité nationale après « avoir payé », etc.). Ce qui est le cas, en réalité, c’est que le châtiment est vécu sur un mode purement externe ; c’est un inconvénient de certaines actions légitimes, et cet inconvénient tient à des éléments contingents, purement subis, de la structure juridique actuelle, qui est imparfaite et ne concrétise pas l’ensemble des « droits » réels. » cf. https://journals.openedition.org /ethiquepublique/2057. Me revient l’exemple du système qui se réifie et lâche son défenseur comme ce fut le cas pour Eliot Ness dans sa lutte contre Al Capone. Je résumé la fin du combat de Ness : « il voulait sauver la société contre elle-même quoiqu’on ne lui avait rien demandé ». Dans sa stratégie de lutte contre la corruption globale, l’arrestation du comptable d’Al Capone fut décisive. Elle lui a permis de faire condamner le parrain à onze ans de prison pour fraude fiscale mais les preuves pour ses crimes étaient, malgré tout, insuffisantes. En 1947, l’annonce de sa mort sera reléguée après les résultats de base-ball tandis qu’Eliot Ness, « héros temporairement national », a sombré dans l’oubli et l’alcool, après s’être vu refuser l’entrée au FBI. L’imaginaire populaire est féconde mais elle ne pense pas à créer des contextes, elle subit le monde et réagit aux fait immédiats avec l’émotion et la fragilité de sa compréhension (biaisée, certaines fois) du fait mettant en danger ses représentants. . A écouter « ceux que nous payons pour nous protéger » leurs déclarations et phrases médiatiques paraissent plus être celles d’un spectateur de téléjournal que celles de décideurs qui cherchent à comprendre une déshumanisation qui va plus vite que notre capacité narrative et réactive.
Que faire ?
Dans toute recherche, il doit bien se profiler des interrogations d‘ordre théorique. En effet, une démarche théorique semble appropriée pour apprécier la profondeur du problème. Si d’aventure, les universités haïtiennes s’intéresseraient à ce cas d’espèce, ils devront partir de l’idée qu’on ne pourra pas faire disparaitre tous les maux d’Haïti d’une balle dans la tête. Qu’ils me permettent de les conseiller Fritz Mann : « Toute société est déterminée par son éthique collective ; celle-ci forme son caractère et assure sa pérennité. Aucune société ne peut subsister s’il n’y a pas un minimum de convictions morales communes à tous ses membres. L’éthique commune est le ciment indispensable à la stabilité de l’édifice social. » cf. F. Mann, « Eugénique et éthique commune dans la société pluraliste », dans J.-N. Missa et C. Susanne (dir.), De l’eugénisme d’État à l’eugénisme privé, Paris et Bruxelles, De Boeck Université, 1999. Or, je constate avec l’auteur que nous vivons en Haïti dans des sociétés très divisées sur le plan éthique ; c’est là précisément, pour ce pays, un danger très réel, illustré contradictoirement par les actions de certains militants de l’autorité (de l’autoritarisme) et l’indifférence confortable de classes habituées à se démarquer de l’éthique et à afficher un mépris marqué pour la chose commune. Pour un autre pays, il faudrait reconstruire une éthique, sur une base, certes, pluraliste, mais débouchant tout de même sur une morale uniforme et sur une opposition claire entre les « positions d’éthiques » qui sont « acceptables » et celles qui ne le sont pas. En particulier, certains risques de violence « ne pourront être durablement écartés que si une éthique commune s’établit ». Il est urgent que les intellectuels, les sages et les leaders de la pensée, prennent leur part en soulevant les questions adéquates, écoutant et interprétant avec respect la diversité des nouveaux acteurs, en créant les distinctions et noms qui doivent nourrir la naissance de cette nouvelle époque dite de l’« Autre Haïti possible ! »

Ps.1 Cette crise socio-politico-économique prenant le visage d’un CG vengeur participe à la montée de la peur engendrée initialement par l’Etat en crise qui divise Haïti sur le droit de vie et à la vie. Prépare-t-elle le terrain à l’éclosion de la violence populaire pour accoucher du neuf ? Nos tuteurs et leurs représentants dans le pays « ont-ils étudié dans l’histoire de tous les peuples comment les révolutions ont commencé, comment elles se sont opérées ? Ont-ils observé […] par quelle impulsion terrible un peuple enivré se précipite vers des excès dont la première idée l’eut fait frémir ? » J’espère n’avoir pas annoncé la totale prise d’Haïti et sa totale destruction…
Ps. 2 Les maux et mots de juin 2022. Crises, vide politique, fausses évidences, montée de la peur, panique, réaction défensive, violence populaire, réconciliation, discours justificatifs, vaine scholastique, gangs, kidnapping, CG nettoyeur, Etat d’exception et Etat déception.
Ps. 3 Ne pas se faire avoir par l’actualité : voilà l’enjeu !
Ps. 4 « Désolé ! J’aurais pu faire plus court, c’est vrai » !

Pétion ville, 9 juin 2022

Muscadin Jean-Yves Omraam Jason
KEITA Prince du Mande
Responsable Technique de l’Observatoire de la Décentralisation et de la Gestion des Risques et Désastres en Haïti (ODGRDH)
Consultant des Grandes Questions d’Anthropo-Sociologie et de politiques publiques
Modélisateur en Administration locale ET en Prévention des Risques et Désastres
Spécialiste en : -Organisation et Méthode / -Education / -ArchivEconomie / -Gestion des risques /-Conception et Réalisation de projet
fondasyonalo2054@gmail.com
acsf2002@gmail.com
hayti2054.e-monsite.com

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