Dans un spectacle digne des plus grandes tragédies, le Conseil Présidentiel de Transition en Haïti a prêté serment dans une ambiance qui frôlait la farce. Entre faux pas protocolaires et invités controversés, la scène politique haïtienne s’est muée en une pièce de théâtre où le comique de répétition côtoie l’absurde.

En ce 25 avril 2024, la Villa d’Accueil s’est transformée en une scène surréaliste où les acteurs, loin des projecteurs de la vertu, ont orchestré une pantomime de gouvernance. Si Shakespeare avait été haïtien, il aurait sans doute trouvé dans cette assemblée une source d’inspiration inépuisable pour une de ses célèbres comédies noires, où les masques tombent et où les vérités déguisées en farces révèlent les fissures d’un état en quête de dignité.

Le 25 avril 2024 entrera dans les annales d’Haïti, non pas tant pour la solennité du serment prêté par les neuf membres du Conseil Présidentiel de Transition, mais plutôt pour le théâtre d’absurdité qui s’est joué ce jour-là à la Villa d’Accueil. Officiellement, cet événement marquait le début d’une nouvelle ère de gouvernance, mais les coulisses de cette pièce tragique révélaient un tout autre spectacle.

Au menu de la cérémonie : quelques faux pas protocolaires, histoire de rappeler à l’assistance que, dans le grand restaurant de la politique haïtienne, le chef est souvent le dernier à savoir quel plat il sert. Ces irrégularités, bien que mineures, sont devenues le symbole d’une préparation bâclée, d’un manque de sérieux qui flirte avec l’insouciance dans un pays qui, franchement, n’a pas besoin de plus de comédie.

Mais la véritable satire commence avec l’entrée en scène des invités d’honneur : les Sénateurs Joseph Lambert et Youri Latortue, dont les noms évoquent moins des émissaires de la paix que des champions d’un certain folklore criminel local. Ces messieurs, épinglés pour des liaisons dangereuses avec des bandes armées, s’avançaient avec la gravité de ceux qui se croient au-dessus des lois qu’ils sont censés défendre. Bien sûr, la souveraineté nationale nous interdit de les juger sur la place publique, mais quelqu’un devrait murmurer à l’oreille de la justice haïtienne que son honneur est en jeu.

Puis, comme pour ajouter du piquant à notre festin national, voici Me Aviol Fleurant, ancien Ministre de la Planification et de la Coopération Externe, décoré de médailles de corruption et de mauvaise gouvernance comme d’autres le sont de la Légion d’Honneur. Son inclusion au banquet nous rappelle que, dans le théâtre politique haïtien, les acteurs ne manquent jamais de culot, même quand le script les accuse de tous les maux.

Face à ce tableau, il est difficile de ne pas se demander si le Conseil Présidentiel de Transition n’est pas plutôt un Conseil de Perpétuation des Anciennes Habitudes. Les groupes de Montana et le parti Pitit Dessalines, fervents prêcheurs d’une rupture, doivent se sentir comme invités à une fête où l’on sert toujours le même plat rassis.

Alors, chers spectateurs, que reste-t-il ? Une réflexion, peut-être, sur l’urgence de revoir cette troupe improvisée, dans l’espoir que la prochaine représentation offre quelque chose de plus noble que cette farce. Car le peuple haïtien, spectateur fatigué de ces pantomimes, mérite un final qui rime avec espoir et non avec désespoir. Est-ce trop demander que de jouer la pièce « Gouvernance avec intégrité » ? Peut-être, mais sur les planches de l’histoire, les surprises sont toujours possibles.

Meranda TOUSSAINT deessedusiecle67@gmail.com

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