Hinche, 19 avril 2025 – Tandis que les plus hautes autorités du pays peinent à formuler une réponse claire à la crise sécuritaire, le pasteur Maurice Lapierre, président du mouvement Réveil d’Haïti, s’est rendu dans les camps de déplacés de Mirebalais de Hinche pour un geste à la fois spirituel, humanitaire et profondément politique.

Ces familles, venues de Mirebalais, ont fui la violence brutale de la coalition armée Viv Ansanm, chassées de leurs maisons, dépouillées de leur dignité. À Hinche, elles survivent sous des bâches de fortune, ignorées par l’État, oubliées par les puissants. C’est dans ce contexte que le pasteur Lapierre, en pleine Semaine Sainte, a voulu leur tendre la main : prières, distributions de Bibles, enveloppes de soutien, mais surtout, présence.

« Le pasteur n’est pas venu faire de la politique. Il est venu nous regarder dans les yeux, nous parler, prier avec nous, » témoigne Marie-Alix Jean, déplacée de Mirebalais. « Il nous a écoutés. Ce que nos dirigeants n’ont jamais fait. »

Mais le geste pastoral s’est vite transformé en interpellation politique. Car le silence des autorités est, selon Lapierre, une forme de complicité.

« Le Conseil Présidentiel de Transition ne sert à rien. Il perpétue l’échec des régimes passés. Nous avons un Premier ministre fantôme, un CSPN paralysé, un chef de police qui regarde ailleurs. Pendant ce temps, le peuple se meurt dans l’indifférence », a-t-il dénoncé.

Sans détour, il cite les noms : Alix Didier Fils-Aimé, Premier ministre ; Normil Rameau, DG de la PNH ; Ramil Norméal, conseiller influent au sein du CPT. Tous, selon lui, ont échoué à restaurer l’autorité de l’État.

« Ils assistent à la descente aux enfers d’Haïti avec une froideur révoltante. Chaque jour, les gangs avancent, et l’État recule. Ce n’est plus de la faiblesse, c’est une reddition. »

Dans ses prises de parole, Maurice Lapierre appelle à une rupture. Une mobilisation citoyenne forte. Un sursaut moral.

« Si les dirigeants ont démissionné, alors c’est au peuple de reprendre le flambeau. Nous n’avons pas besoin de nouveaux discours, mais d’actes. Ce pays ne s’en sortira qu’avec des femmes et des hommes intègres, prêts à servir, non à se servir. »

Son appel, lancé depuis les ruelles boueuses d’un camp de fortune, résonne comme un avertissement : si l’État ne se ressaisit pas, la société civile s’organisera, avec ou sans lui.

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