Par Alix Joseph, chroniqueur indépendant / Chevalier Redempteur

Fritz Jean, Edgard Leblanc, Leslie Voltaire. Trois figures d’un pouvoir sans gouvernail, tandis que Normil Rameau Directeur Général de la PNH, multiplie les faux départs sécuritaires. Malgré 2,6 millions de dollars dépensés, malgré la fuite massive des citoyens, malgré les territoires perdus, la République, elle, continue de redoubler.

Neuf conseillers, sept votants, cinq voix pour décider. Quatre veulent sauver ce qui peut l’être. Trois préfèrent sauver ce qui leur profite. Pendant ce temps, la nation s’effondre, et les bandits prospèrent.

Le Conseil Présidentiel haïtien est constitué de neuf membres, parmi lesquels sept disposent du droit de vote. Selon son règlement interne, il suffirait que cinq d’entre eux s’accordent pour orienter l’avenir du pays. Sur le papier, cette règle incarne une possibilité de sauvetage ; dans la pratique, elle révèle l’étendue du désastre.

Depuis plusieurs jours, quatre conseillers présidents, encore habités par une certaine idée du devoir envers la population, ont tenté d’arracher au Conseil un acte de survie : remplacer Normil Rameau, ce Directeur Général de la Police Nationale sous qui l’insécurité a prospéré au point de devenir maîtresse des rues.


L’argument était imparable : après un investissement colossal de 2,6 millions de dollars américains, la situation sécuritaire ne s’est pas améliorée ; elle s’est aggravée. Plus de déplacés, plus de territoires passés sous contrôle des gangs, plus d’abandons territoriaux, moins d’État.

Changer de direction apparaissait donc non seulement comme une nécessité stratégique, mais aussi comme un acte moral indispensable pour ne pas trahir définitivement la mission confiée au Conseil Présidentiel.

Mais voilà : face à cette tentative d’assainissement, trois autres conseillers ont choisi la voie du calcul. Non pas par fidélité à une vision, mais par attachement à des intérêts autrement plus sonnants.
Car derrière le maintien désespéré de Normil Rameau se dessine un enjeu bien plus terre-à-terre : le contrôle des marchés publics liés à l’achat d’armes, de munitions, de véhicules blindés et d’équipements de sécurité.
Changer le chef de la police, c’était risquer de voir s’échapper ces marchés stratégiques où se croisent ambitions financières et intérêts politiques.

Ainsi, au cœur de l’effondrement de la nation, certains continuent d’ériger l’insécurité en rente de situation.
La souffrance des déplacés devient un décor commode pour justifier des appels d’offres opaques, et la montée en puissance des gangs, une excuse de plus pour signer, sans appel d’air, des contrats aux montants faramineux.


Ils sont trois. Trois visages pour un même échec : Fritz Jean, Edgard Leblanc, Leslie Voltaire. Trois vétérans d’un système politique plus expert en gesticulations qu’en résurrections.
Ils restent là, assis à la barre d’un Conseil Présidentiel qui n’a plus de cap, pendant que l’insécurité trace ses frontières avec une brutalité méthodique.

Pendant que les quartiers populaires tombent un à un,
Pendant que plus de 360 000 déplacés internes errent de misère en promesse trahie,
Pendant que la peur remplace la loi et que la fuite devient le seul horizon,
ces hommes parlent. Ils théorisent, ils modèrent, ils relativisent, ils tergiversent.
Jamais ils n’agissent.


À leurs côtés, fidèle au poste, l’indéboulonnable  Normil Rameau poursuit son étrange carrière de Directeur Général de la Police Nationale.
Il n’a pas restauré l’ordre, il n’a pas libéré les corridors stratégiques, il n’a pas désarmé les groupes armés.


Mais il a su peaufiner des stratégies de communication auprès des Conseillers Présidents, maintenir ses réseaux, et surtout, garantir que l’appareil de la police serve d’abord à protéger des équilibres politiques fragiles plutôt que le peuple en détresse.

Pendant que Carrefour-Feuilles s’effondre, que Tabarre s’embrase et que Martissant disparaît sous la terreur, l’argent public coule à flot pour entretenir une sécurité fantôme et une illusion d’autorité.


Haïti n’est pas le théâtre d’une catastrophe naturelle. Elle est victime d’un abandon méthodique et cynique, orchestré par ceux-là mêmes qui avaient promis de restaurer l’État.
Ceux qui aujourd’hui refusent de prendre la décision de changer de cap ne se trompent pas ; 

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Triangle Post

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture