De l’attachement au passé à l’appel au changement, le dirigeant de club invite le football haïtien à saisir son heure et à bâtir enfin son avenir.
Comme au Bois Caïman, où un serment avait changé le cours de l’Histoire, le revirement de Gary Joseph marque un tournant symbolique. L’un des critiques les plus tenaces de la nouvelle dynamique fédérale appelle désormais à bâtir une ligue professionnelle solide. Preuve qu’au cœur même du football haïtien, la prise de conscience n’est pas un mythe, mais une possibilité réelle.
Port-au-Prince, 14 août 2025 — Dans une publication diffusée ce mercredi sur ses réseaux sociaux, Gary Joseph, dirigeant de club de première division, a pris acte du retrait officiel de la Fédération Haïtienne de Football (FHF) de l’organisation des championnats nationaux masculin et féminin. Celui qui avait longtemps résisté à toute refonte en profondeur, assume aujourd’hui que l’avenir du football passe par une rupture nette avec les habitudes du passé.
« La FHF s’est officiellement retirée de l’organisation des championnats… Il appartient désormais aux clubs licenciés et affiliés de se réunir au plus vite pour créer la Ligue Haïtienne de Football Professionnel », a déclaré Gary Joseph, fixant comme impératif de lancer la saison 2025-2026 « au plus tard fin septembre 2025 ».
Pendant des années, il défendait, parfois avec insistance, un système où la conformité administrative passait au second plan. Aujourd’hui, le discours est radicalement différent : « Nous avons deux mois pour nous organiser. Cela veut dire que les querelles, les calculs et les retards administratifs doivent cesser. »
Il appelle à l’élection rapide de dirigeants « compétents, intègres et engagés » capables de défendre les intérêts collectifs et de garantir la pérennité de la nouvelle ligue. Et d’ajouter : « Si nous échouons, nous ne pourrons plus accuser la fédération. Cette fois, c’est notre responsabilité, entièrement. »
La FHF a précisé qu’aucune relégation en deuxième division ne sera appliquée pour les saisons 2025-2026 et 2026-2027. Les clubs non participants auront donc deux ans avant de perdre leur place en première division. Pour Gary Joseph, ce délai doit être vu comme « une chance historique de remettre de l’ordre et de prouver que nous sommes capables de gérer notre football ».
Il y a encore peu, Gary Joseph aurait vu dans cette balle renvoyée un prétexte à prolonger le statu quo. Aujourd’hui, il choisit de la jouer, en pleine lumière. Si ce geste se transforme en mouvement collectif, le football haïtien tiendra peut-être enfin son propre Bois Caïman : le jour où, d’un accord commun, ses acteurs décideront de rompre avec l’improvisation pour entrer vraiment dans le jeu.