Entre absence de disciplines phares et espoirs de podium, la présence haïtienne aux Jeux panaméricains juniors est d’abord un acte de résistance et de fidélité à l’Olympisme.
Asuncion — Le drapeau bleu et rouge fend la piste, frôlant les mains tendues, frissonnant dans l’air chaud du Paraguay. Derrière, une poignée d’athlètes haïtiens, le regard fixé droit devant, franchissent le cercle lumineux du stade Defensores del Chaco. Vendredi soir, sous les applaudissements et les projecteurs, Haïti a ouvert son cycle olympique 2024-2028 aux Jeux panaméricains juniors, sans tambours ni artifices, mais avec la force silencieuse de ceux qui savent la rareté de ces instants.
Dehors, la ville d’Asuncion vibrait encore de chaleur. Dedans, plus de 4 000 athlètes venus de 41 pays prenaient place pour une quinzaine qui promet de mêler rivalité et fraternité. Natation, cyclisme sur route, taekwondo et peut-être haltérophilie : pour Haïti, la moisson d’épreuves est modeste, mais chaque départ est une bataille à gagner. L’athlétisme, absent, laisse un vide douloureux, conséquence d’une sanction fédérale et d’un retrait de dernière minute officiellement imputé à un deuil.
Premiers dans l’eau, Jérôme Christian s’est frotté au 200 m papillon : 12ᵉ des séries, puis 3ᵉ de la finale B. Dans deux jours, ce sera au tour de Grand Pierre Raphaël, suivi par Mayah Chouloute, benjamine aux Jeux de Tokyo. Sanon Wilson se lancera sur les routes, Ava Lee s’avancera sur les tatamis — unique qualifiée directe de la délégation, arrivée tôt pour s’acclimater.
Car ici, l’objectif dépasse le tableau des médailles. C’est une déclaration d’existence, un ancrage dans la grande carte sportive du continent. Dans les gradins, quelques drapeaux haïtiens claquent. Dans les yeux des athlètes, le même éclat : celui de jeunes qui, au-delà des podiums, savent que représenter leur pays est déjà un combat gagné.