Là où l’attente devient souffrance, où le cri du blessé reste sans écho, chaque seconde de silence est une condamnation. Le service préhospitalier n’est pas un luxe. Il est un droit. Et dans ce droit, c’est la République qui s’engage.
Du 21 au 28 juillet 2025, sous la conduite de Me Renand Aristide, le Centre Ambulancier National a entamé une tournée officielle dans les départements de la Grand’Anse et du Sud. Une démarche qui dépasse la visite de courtoisie pour prendre les contours d’un véritable acte de gouvernance sanitaire. Une volonté : redonner à ces territoires oubliés les fondements d’un service d’urgence digne, équitable, opérationnel.
De Jérémie à Coteaux, en passant par Corail, Beaumont, Camp-Perrin et Les Cayes, le message était clair : harmoniser le service, territorialiser l’action, rétablir la confiance. Présenter le CAN, non comme un service central, mais comme une institution enracinée, mobile, au service de toutes et tous, sans discrimination géographique.
Me Renand Aristide l’a affirmé avec gravité :
« Cette tournée marque une étape importante dans le processus de territorialisation des services préhospitaliers. Notre objectif est clair : renforcer les directions départementales, écouter les agents sur le terrain, et établir un dialogue fonctionnel avec les communautés. »
Sur le terrain, les défis sont énormes. Des directions sans bureau. Aucune mobilité. Des ambulances en ruine. Mais au milieu de ces manques, une étincelle : l’engagement. Celui des agents, qui malgré les retards de reconnaissance et l’absence de primes, gardent la ligne. Celui aussi des communautés, qui refusent le fatalisme. À Beaumont, un commerçant a fait don de quatre pneus. Deux ambulances ont pu être remises en circulation grâce à l’initiative locale. C’est cela aussi, le CAN : un service qui inspire, un service qui engage.
Madame Rose Nalda Gauthier, Directrice départementale de la Grand’Anse, résume bien l’enjeu :
« Cette visite représente bien plus qu’une mission administrative. Elle vient renforcer notre légitimité, revaloriser le rôle des équipes locales et inscrire notre action dans un cadre cohérent de santé publique. »
À chaque étape, la société civile a répondu présente. Le magistrat de Beaumont n’a pas mâché ses mots :
« Cette initiative du CAN est salutaire. Désormais, je me sens pleinement impliqué. »
Au terme de cette mission, les recommandations sont précises : doter les directions d’un minimum fonctionnel, réhabiliter le parc d’ambulances, instaurer des primes d’assiduité, et surtout, formaliser des comités communautaires d’appui.
Car au fond, il s’agit moins de réparer des ambulances que de restaurer une confiance. Le CAN, en réinvestissant ces territoires, ne fait pas que secourir. Il rassure. Il relie. Il reconstruit.
Et dans un pays où chaque appel d’urgence est un cri d’existence, cette reconstruction devient une nécessité politique, sociale, humaine.